«Mon cabinet a été presque entièrement vidé: je me faisais fréquemment voler, des magazines dans la salle d’attente au paillasson en passant par le papier toilettes», raconte Jacques Boulan lorsqu’il explique ses conditions d’exercice en France. Ne supportant plus les incivilités et menaces quotidiennes, le praticien généraliste quitte en mars 2019 la ville de Roanne, à 80 kilomètres au nord-ouest de Lyon, pour entamer une nouvelle tranche de vie en Suisse. Depuis lors, Jacques Boulan est installé dans un cabinet de la paisible bourgade de Colombier, au bord du lac de Neuchâtel. A 55 ans, il a retrouvé équilibre, bien-être et goût de la médecine. «Je regrette simplement de ne pas l’avoir fait plus tôt.» Son vécu reflète le lot d’un grand nombre de médecins dans l’Hexagone: «Les conditions d’exercice sont déplorables, je plains le corps médical français», résume-t-il. Un état de fait d’autant plus marqué dans les zones défavorisées, où la précarité côtoie la délinquance et où le médecin expatrié avait son cabinet.