Une solution gagnant-gagnant
Un tiers des médecins souhaiterait travailler à temps partiel [1]. Mais peu d’hôpitaux offrent ce type de postes. C’est ici qu’intervient la plateforme en ligne DoppelDoc. Fondée par la Dre méd. Salome Kisker, médecin de famille, parce qu’elle-même en avait besoin, ce service aide depuis 2018 les praticiens à trouver une ou un partenaire de job-sharing.
En bref, il s’agit de former des binômes qui se partagent un poste de travail. Il devient ainsi possible, malgré un temps partiel, de suivre une formation de spécialiste. Une solution facile à mettre en œuvre dans des structures figées, explique la fondatrice de DoppelDoc: «Le job-sharing est un mode de temps partiel qui n’entrave pas la carrière.» Il favorise en outre la culture de l’échange au sein du binôme et, en cas d’absence, permet un remplacement simple par l’autre temps partiel.
Dès son lancement, cette solution a suscité une forte demande, constate Salome Kisker. Elle fait parfois face au scepticisme côté employeur: «Il arrive que certaines collègues médecins candidatent en binôme, mais sans obtenir de temps partiel.» Le système est pourtant pertinent aussi pour les employeurs, car on sait très vite où il est possible de mettre en place un temps partiel. Cela augmente l’attractivité des employeurs concernés. «Et quand ils candidatent, les médecins apportent directement la solution», ajoute Salome Kisker.
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hallo[at]doppeldoc.ch
Une question d’équilibre
Au département de médecine du Centre hospitalier universitaire vaudois à Lausanne, la demande de temps partiels a doublé en dix ans, passant de 14 à 27 demandes par an.
Les cheffes et chefs de clinique et médecins-assistantes et assistants en formation postgraduée en médecine interne générale (FPG MIG) ont besoin de moduler leur temps de travail en fonction de leur vie privée ou professionnelle. Pour répondre aux désidératas spécifiques à chaque poste, le projet «TOP-SHARE: temps partiels (TP) et job-sharing (JS)» a mis en place, depuis 2017, une organisation du travail sur mesure, mélangeant TP et JS avec un binôme.
Elle permet d’agencer chaque année 120 postes, y compris par rotations, de FPG en MIG hospitalière de catégorie A, ainsi que la carrière de plus de 250 médecins, dont 80 équivalents plein temps assurent l’activité du service de médecine interne. «Ceci est rendu possible par la coordination d’un House Staff (HSF) s’appuyant sur un système de parrainage individuel par les médecins cadres», explique le Dr méd. Julien Castioni, président du HSF. Et d’ajouter que «cette organisation clinique nécessite une bonne adéquation entre les besoins de fonctionnement des services (continuité de prise en charge) et les plans individuels de FPG de chaque médecin.»
Pour ce faire, le HSF met en œuvre plusieurs mesures pour garantir l’octroi des TP. Si certains bénéficiaires craignent de ne pas avoir accès à certaines rotations, de paraître moins impliqués ou que leur TP/JS ne soit pas reconduit, les retours restent largement positifs.
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dmrh.housestaff[at]chuv.ch
Retours et encouragements
Tout comme la médecine, la formation postgraduée doit être basée sur les faits. C’est pourquoi la clinique de médecine générale interne de l’Hôpital de l’Île, à Berne, a introduit «MedEval», un outil factuel d’évaluation et de retours aux médecins-assistantes et assistants. Les superviseuses ou superviseurs remplissent chaque semaine un court formulaire d’évaluation, afin d’apprécier la performance de chacune ou de chacun par rapport à la moyenne.
Ces évaluations, fréquentes et objectives, sont menées par différents superviseurs et doivent déboucher sur un retour qui soit plus fondé et mieux reçu. Cette comparaison par rapport à la moyenne fournit des résultats clairs – et une base objective à un tutorat individuel, expliquent les initiateurs du projet pilote, le Dr méd. Tobias Anliker, le Dr méd. Pascal Frey et le PD Dr méd. Tobias Tritschler.
Les débuts n’ont pourtant pas été simples. Il a fallu saisir les contenus sans budget supplémentaire ni programme informatique adapté. Ce dernier point devrait bientôt être résolu avec le développement d’une plateforme en ligne spécifique. Il est en outre prévu de valider scientifiquement les éléments d’évaluation.
Les initiateurs de MedEval se réjouissent des nombreux retours positifs émanant des médecins en formation depuis son introduction, fin 2021, et de l’amélioration de la culture du feed-back confirmée par une enquête interne.
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tobias.anliker[at]insel.ch
Le pouvoir de la médecine narrative
Lire, écrire, analyser et partager des histoires de médecins peut avoir des vertus thérapeutiques et pédagogiques insoupçonnées. C’est ce qu’on appelle la médecine narrative.
Entre 2021 et 2022, Melissa Dominicé Dao, médecin adjointe agrégée au Service de médecine de premier recours des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), et Aline Lasserre-Moutet, directrice du Centre d’éducation thérapeutique aux HUG, ont, dans le cadre du projet Doctors’ stories, conduit six ateliers expérientiels d’une durée de 90 minutes chacun avec des médecins internistes généralistes en formation. L’objectif: offrir un espace de réflexivité sur sa pratique et son identité professionnelle, et un lieu de créativité pour développer ses compétences narratives.
Selon les retours anonymisés des participants, ces derniers «soulignent le plaisir qu’ils ont eu à analyser des textes littéraires, l’effet cathartique d’écrire et de partager des récits de leur vécu professionnel, le sentiment d’avoir créé des liens avec les collègues et d’appartenir à une communauté de pratique», détaille Melissa Dominicé Dao. «Ils décrivent un sentiment d’enrichissement personnel à l’issue des ateliers», ajoute-t-elle.
Cependant, la régularité de la participation a été mise à mal par les récupérations de garde, autres absences et temps partiel. Au final, ces ateliers ont permis aux médecins de développer leurs capacité d’écoute et de nouvelles compétences en communication.
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melissa.dominice[at]hcuge.ch
Avancer en tandem
À Berne, dans le cabinet Südland Effinger, médecins de famille et Nurse Practitioners travaillent de concert. Les Nurse Practitioners interviennent surtout dans la prise en charge des personnes âgées porteuses de maladies chroniques. Elles garantissent un suivi continu de leur état de santé physique et psychique et la fluidité du travail interdisciplinaire.
«Un projet pionnier», souligne Christine Teuscher, Nurse Practitioner et infirmière de pratique avancée APN. Pour l’instant, sans grille tarifaire et réglementation légale. Les Nurse Practitioners travaillent sous délégation, la responsabilité principale restant celle des spécialistes médicaux. Elles peuvent toutefois se charger des consultations de contrôle ou de conseil aux malades chroniques, en faisant appel à la ou au médecin si nécessaire. Cela soulage les médecins, et pas seulement en termes de temps. «Le fait que deux professionnels soient impliqués allège aussi la pression liée à la responsabilité», indique Christine Teuscher.
Il a d’abord fallu définir clairement les postes et les tâches: «Les assistantes médicales étaient assez sceptiques quant à notre rôle, mais elles ont vite réalisé que nous n’empiétions pas sur leur domaine.» Il s’agit bien plus d’une collaboration d’égal à égal et d’une amélioration des conditions de travail pour l’ensemble des professionnels au sein du cabinet.
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np[at]suedland.ch
L’interprofessionnalité vécue
Dans différents services de chirurgie et de médecine de l’Hôpital cantonal de Winterthour (KSW), des Physician Associates travaillent main dans la main avec le personnel médical et soignant. Certaines tâches cliniques et médicales leur sont déléguées. Les médecins cadres peuvent ainsi se concentrer sur leur cœur de métier et les médecins-assistantes et assistants optimiser leur temps de travail à des fins de formation.
Cela a aussi permis une réduction des heures supplémentaires, ajoute Markus Wepf, responsable de la chirurgie au KSW. Pour lui, le projet lancé en 2014 est un succès: «Le recours aux Physician Associates a optimisé les processus et amélioré la continuité du suivi clinique et médical.» Les Physician Associates participent aux séances de rapport médical et de formation. «Ils font partie intégrante de l’équipe médicale. C’est une collaboration interprofessionnelle vécue», poursuit Markus Wepf.
Une collaboration qu’il a toutefois d’abord fallu établir. Car si les Physician Associates travaillent souvent de façon autonome, une ou un médecin spécialiste doit toujours être joignable en cas de question. Il a donc fallu trouver le format approprié. Et il a enfin fallu un temps d’adaptation pour réunir les cultures des différents groupes de métiers, explique Markus Wepf. Mais aujourd’hui, le KSW ne pourrait se concevoir sans les postes de Physician Associates.
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kommunikation[at]ksw.ch