Des considérations économiques ont fait irruption dans le domaine de la santé lorsque les biens et les services médicaux sont devenus un secteur à part entière de l’économie et que leur coût devenait de plus en plus élevé. Le concept de l’économicité a été introduit en Suisse en 1994. Il a pour effet de limiter la liberté économique de certains acteurs de la santé. Le prix des médicaments fait l’objet d’un contrôle étatique avant que ceux-ci soient admis dans la liste des spécialités comme médicaments remboursés par l’assurance-maladie de base et, depuis 2004, le TARMED sert de base à la tarification des prestations concernées des médecins. Mais l’économicité a aussi un coût. Le contrôle qu’elle exige gonfle la bureaucratie. Et des sociétés privées sont affectées à des tâches liées à la mise en œuvre de l’économicité. Celle-ci entrave aussi la liberté thérapeutique du médecin, dont les activités sont étroitement surveillées. Du fait d’une réglementation de plus en plus complexe, le secteur se judiciarise, en raison des litiges. Cela aussi a un coût! Ces limites à la liberté économique n’ont pas réduit la puissance de certains acteurs de la santé. Celle de la pharma et celle des assurances ont pris une ampleur extraordinaire. Les profits de la pharma, leur distribution ainsi que ses investissements échappent pour l’essentiel à l’intervention de l’État. Le critère du rendement, entre autres, préside à la recherche de nouveaux médicaments. Or, l’attrait de la puissance économique génère une médecine basée sur la technologie et la médication, ce qui ne correspond pas toujours aux attentes de la population. Des contre-pouvoirs sont donc nécessaires. Les citoyen-n-es doivent s’unir et exiger de participer aux prises de décision concernant, notamment, la tarification, la recherche, la gestion des hôpitaux et les prestations des assurances. En attendant, le droit à la santé, garantissant un accès égalitaire non discriminatoire aux soins médicaux, doit conduire à une fin de non-recevoir quant à leur rationnement ou à l’absence de prise en charge par l’assurance de médicaments ou de traitements pour certaines catégories de personnes.