«A 46 ans, un ami médecin généraliste a fait un infarctus. Il a failli y laisser sa peau. Cela a été le déclic: nous n’allions pas mourir en exerçant notre métier.» Après dix-huit ans de pratique libérale en France, le Dr Saholy Razafinarivo-Schoreisz, pédiatre, et son mari, psychiatre, décident de quitter ce pays où les conditions de travail sont devenues «catastrophiques» pour les médecins. Manque de relève, surcharge de travail, patients agressifs, salaires misérables: la Franco-Malgache dépeint un tableau très sombre. Une situation toxique qui empoisonne le corps médical, voire le mène à commettre l’irréparable. «Il y a une épidémie de suicides chez les médecins de mon âge», affirme la pédiatre de 55 ans. Elle a elle-même vécu un «cauchemar» au point de mettre sa santé en danger. En 2010, après le départ à la retraite de deux pédiatres, dont son associé, qui n’ont pas trouvé de successeurs, elle se retrouve seule à gérer les patients. «Je rentrais chez moi pour faire à manger à mes enfants, puis je retournais au cabinet pour régler la paperasse jusqu’à 22 heures. J’ai fini à l’hôpital, épuisée, sous perfusion», raconte-t-elle, encore marquée par cette période. Elle réduit alors son taux de travail, mais gagne tout juste pour vivre: «On ne va pas loin avec 15 patients par jour à 31 euros la consultation.»