Décider si une personne a ou non droit à une rente de l’assurance-invalidité (AI) est une décision complexe prise au terme d’une procédure administrative et médicale souvent ressentie comme longue et pénible [1]. En effet, l’assurance-invalidité met en jeu des préoccupations très diverses et en partie contradictoires: assurer une justice sociale pour les individus les plus vulnérables, leur reconnaître le statut de personne véritablement atteinte dans leur santé, faciliter leur réinsertion professionnelle, minimiser la charge budgétaire d’une assurance financée socialement, décharger les cantons qui assurent le dernier filet du minimum vital. Ces préoccupations sont arbitrées à la fois par les médecins, agissant le plus souvent comme experts appelés à se prononcer sur des symptômes, des diagnostics, des indicateurs, et des conséquences factuelles et par les juges chargés d’apprécier les avis des experts, puis d’appliquer des critères juridiques. Ce processus délicat se déroule de plus dans un climat de méfiance de certaines personnes qui perçoivent le rentier AI comme un profiteur du système. Ce préjugé est souvent plus marqué lorsque la rente AI est liée à l’évolution d’une maladie psychique. Il atteint son paroxysme lorsque cette maladie renvoie à l’usage non médical de substances psycho-actives. Il n’est ainsi guère surprenant que, lorsque la population est sondée, elle considère comme inéligibles aux prestations sociales les personnes encore trop souvent désignées par le terme négatif, imprécis et dénigrant de «toxicomanes» [2].