«J’ai toujours vécu sous la dictature, d’abord sous Gheorghiu-Dej puis sous Ceaușescu. Je voulais quitter ce pays dès que possible», raconte Dan Dumitrascu, médecin d’origine roumaine spécialisé en chirurgie. Quand le bloc de l’Est tombe, en décembre 1989, il n’hésite pas longtemps pour embrasser son rêve: il dit adieu à la Roumanie en février 1990 et s’envole pour la Suisse. Sa destination finale n’est pourtant pas l’Helvétie, le jeune médecin rêve à l’époque d’exercer aux Etats-Unis. Les circonstances en décideront autrement. «Je n’avais qu’un visa de touriste, valable deux mois. J’ai fait un stop en Suisse, ayant un ami à Lausanne. Il voulait m’aider à trouver une place comme chirurgien. J’ai dit ‘OK’ et ai envoyé mon dossier à quatre endroits.» Si Genève, Lausanne et Neuchâtel ne donnent pas suite à sa candidature, l’Hôpital du Jura à Porrentruy le convoque. «Le médecin-chef n’en revenait pas de mon français», se rappelle Dan Dumitrascu qui a appris la langue de Molière durant ses vacances en tant que guide. Intéressé par les qualifications du chirurgien, le responsable dépose pour lui une demande de permis B. Puis c’est le silence radio. Une semaine avant l’échéance de son visa, l’expatrié reçoit un téléphone de la Confédération. «Un certain Neuenschwander, qui voulait s’assurer que je ne cherchais pas l’asile en Suisse et tester mes compétences en français. Il m’a octroyé le permis B. J’étais le premier immigré d’Europe de l’Est à décrocher le sésame, m’avait-il dit.»