La notion de human factors apparaît pour la première fois dans les années 1940 dans le contexte de l’aviation. Les études menées alors par la British Royal Air Force montraient que nombre d’accidents d’avion étaient liés à des manquements ou à des erreurs humaines et beaucoup moins à des défauts techniques. L’industrie aéronautique y a réagi par une multitude de mesures visant avant tout à optimiser l’interaction entre l’humain et la machine. L’une d’elles se penchait notamment sur la communication dans le cockpit. La manière d’appréhender la notion de facteurs humains a ainsi évolué et s’est mise à se concentrer de plus en plus sur les comportements au travail susceptibles d’avoir un impact sur la sécurité. Les années 90 ont ensuite été l’avènement des entraînements spécifiques qui reprenaient l’aspect des facteurs humains et mettaient l’accent sur le travail en équipe et la communication. Rapidement, d’autres secteurs très dynamiques et exposés aux risques, comme l’industrie nucléaire et la médecine, ont adopté ces théories développées dans l’aviation. Les psychologues et les anesthésistes autour de David Gaba, lui-même anesthésiste à l’Université de Stanford, ont fait figure de pionniers lorsqu’ils ont intégré ces théories dans les simulations médicales et mis sur pied les premiers cours de CRM (Crisis-Ressource-Management ou principes de gestion des situations de crise) pour les équipes médicales. Un système similaire a été développé en Ecosse par une équipe de médecins et de psychologues pour l’anesthésie, la chirurgie ou la médecine d’urgence, qualifié de non-technical skills (Flin, 2011–2013). Dans ces disciplines très dynamiques de la médecine, les simulations font partie des méthodes d’enseignement modernes qui sont de plus en plus utilisées pour améliorer les compétences «non techniques» ou l’application des CRM. Précisément les principes tels que «Communique de manière sûre et efficace», «Veille à un bon travail d’équipe» ou «Fixe les priorités sans perdre la dynamique» sont d’excellents exemples illustrant les efforts pour améliorer la qualité des soins et la sécurité des patients (M. Rall, 2013). Il semble que dans ce domaine, la Suisse puisse encore s’améliorer.