Dans le bâtiment du Centre de recherche biomédicale de l’Université de Berne, à quelques encâblures de l’Hôpital de l’Ile, la lumière entre généreusement par les grandes baies vitrées. Ici, pas de microscope, plutôt des écrans d’ordinateur sur lesquels sont projetés des images 3D d’organes et des graphiques complexes. Au Center for Artificial Intelligence in Medicine (CAIM), les têtes bouillonnent depuis mars 2021, affairées à développer des nouvelles technologies alliant recherche de pointe en médecine, ingénierie et numérisation. Ces projets innovants doivent trouver une application clinique afin d’améliorer la prise en charge du patient et la médecine de précision. Si on pense tout de suite aux robots et à la science-fiction, l’intelligence artificielle (IA) permet aussi de créer des innovations plus terre à terre et utilisables au quotidien, à l’image de l’application goFood qui permet de contrôler la valeur nutritionnelle de ce que nous mangeons. Dans le bureau de l’équipe de Prof. Stavroula Mougiakakou, on découvre deux assiettes qui mettent en appétit, l’une garnie de faux aliments en plastique, l’autre de vraies pâtes et d’émincé. Ioannis, jeune chercheur qui co-dirige l’étude, montre comment cela fonctionne, photographiant le premier plat de deux perspectives différentes. Grâce aux algorithmes, l’application reconnaît après quelques secondes la composition du menu. Avant que la valeur nutritionnelle des aliments ne s’affiche, Prof. Mougiakakou demande d’estimer le nombre de calories du plat. Difficile quand on n’a pas l’habitude de calculer ce paramètre… Allez, disons 600. Verdict: 500 calories. «Vous n’étiez pas loin!», s’exclame l’ingénieure en génie électrique, qui développe et valide depuis dix ans des systèmes IA d’analyse nutritionnelle. «Pour les diabétiques, il est crucial de connaître la quantité de sucres ingérés. Là, la technologie dans la gestion du diabète joue un rôle important. Mais beaucoup de gens aujourd’hui veulent surveiller leur alimentation avec des applications. En ce moment, nous en testons une dans les hôpitaux qui aide le personnel soignant à identifier les patients malnutris.» En utilisant des principes similaires, le groupe est aussi en train de développer un système capable de détecter les cicatrices sur les poumons pour le diagnostic et la prédiction de maladies pulmonaires aiguës et chroniques, dont le Covid-19.