Introduction
Résumé
Les décideurs ont du mal à comprendre les raisons d’une médecine interne «générale» (MIG) à l’hôpital universitaire hautement spécialisé et ils critiquent son «profil flou». De plus, des patients multimorbides et souvent non rentables se concentrent dans la MIG. Il en résulte que la discipline est désavantagée en termes de priorisation et de ressources. Résultat: une perte d’attractivité, une désacadémisation et des difficultés de recrutement de jeunes médecins. Ces derniers temps pourtant, la MIG universitaire a suscité un regain d’intérêt de la part des directions d’hôpitaux du fait de la pénurie de généralistes, de l’«épidémie» de patients multimorbides, de la fragmentation liée à la spécialisation ainsi que de la difficulté croissante pour la médecine spécialisée de gérer les problèmes hors de son domaine de compétence. C’est ainsi qu’unimedsuisse a chargé les professeurs ordinaires des cliniques universitaires de médecine interne suisses d’élaborer un plan d’action visant à renforcer la MIG dans l’organisation des hôpitaux universitaires. Le plan prévoit notamment d’accorder un plus haut degré de priorité à la MIG en termes d’infrastructures et de personnel, de reconnaître les ressorts de compétence professionnelle de la MIG et de créer des profils professionnels structurés. Ces mesures devraient renforcer le prestige et l’attractivité de la MIG en tant que discipline et permettre de meilleures perspectives de développement dans le but de lutter contre la pénurie de généralistes et de réduire les dépenses de santé.
Comme la médecine interne générale (MIG) cultive une approche holistique et ne se focalise pas sur un organe, une maladie ou un groupe d’âge spécifique, les directions et les conseils d’administration ont parfois du mal à concevoir l’importance de la MIG au sein de l’hôpital universitaire et critiquent son «profil flou». De plus, la MIG se concentre sur des patients multimorbides nécessitant de longues hospitalisations (souvent pour décharger d’autres services), de telles prestations n’étant pas suffisamment indemnisées dans le système SwissDRG. Il se peut dès lors que la MIG universitaire se trouve défavorisée en termes d’investissements ou qu’elle soit réduite ou transférée vers des sites non universitaires, avec à la clé une perte de visibilité et de prestige pour la discipline. Vu la spécialisation croissante, des évolutions analogues ont été observées dans la plupart des hôpitaux universitaires, à des degrés variés: (1) scission de spécialités qui revendiquent une patientèle sélective, (2) concentration sur la MIG des cas difficiles
à «classifier» dans un domaine précis, souvent des patients multimorbides complexes exigeant des soins importants, (3) prise en charge des soins de base et des services de nuit et du week-end impopulaires dans les services spécialisés en raison de la diminution de la compétence/disposition des spécialistes à traiter des patients en dehors de leur spécialité. Il va sans dire que ces facteurs ont eu un impact négatif sur l’attractivité, le prestige et le développement académique de la MIG.