Il semblerait que les médecins passent non seulement trop de temps avec leurs patients, mais surtout sans eux. Et pourtant, j’apprécie la consultation courte, type angine, où l’on ne découvre pas une tension à 180, où le patient ne parle pas de ses douleurs thoraciques ­nouvelles ou d’un rapport non protégé récent. Depuis 2018, la consultation est limitée à 20 minutes en-dessous de 75 ans, sauf pour «les cas exceptionnels», ­notamment les patients multimorbides ou la maladie grave, par exemple la maladie cancéreuse instable. Faudra-t-il justifier la durée plus longue de consultation au nombre de métastases? Et pour une monopathologie complexe, par exemple une sclérose latérale amyotrophique avancée ou une fibromyalgie? C’est la porte ouverte à une médecine simpliste qui limitera le temps accordé aux troubles fonctionnels, alors que ces patients demandent plus d’examens s’ils se sentent peu entendus. Et le besoin de plus de temps en raison d’une différence de langue ou de culture? Examiner un patient avec une bronchite ­aiguë, puis le convaincre de l’inutilité des antibiotiques m’a souvent pris plus de 20 minutes. Les médecins qui voient de nombreux patients par jour font plus de prescriptions inappropriées d’antibiotiques, probablement par manque de temps pour informer [1]. Comme une étude du Commonwealth montre que la consul­tation dure en moyenne 15 minutes [2] en Suisse, les «20 minutes de la consultation de base couvrent ce ­besoin» selon l’OFSP [3]. Toutefois, cette étude montre que 24% des consultations durent 25 minutes ou plus. Heureusement que notre moyenne n’est pas la même qu’au Bangladesh [4], car nous serions limités à 48 secondes... Et la limitation des examens cliniques chez un patient instable, par exemple un insuffisant cardiaque?