Dans les centaines d’interviews que j’ai données en tant que Dr Ruth, je n’ai jamais eu l’occasion d’en parler; pas seulement parce que c’était difficile et douloureux. Non, surtout à cause d’une phrase, qu’on nous a tant martelée durant nos six années en Suisse: «Ne te plains jamais, tu as de la chance d’être en vie.» [1] Ruth Karola Westheimer, la sexologue américaine, est connue comme le loup blanc. À bien plus de 90 ans, elle continue de susciter l’enthousiasme par ses manières directes, joyeuses et vives, son rire et sa franchise rafraîchissante – qu’elle dévoilait déjà en 1982 dans l’émission «Late Night with David Letterman» [2]. Elle n’a jamais mâché ses mots. Elle pouvait par exemple faire l’apologie de la masturbation devant la caméra, à une époque où le sujet était encore totalement tabou. Dès 1980, elle parle ouvertement de la sexualité dans l’émission «Sexually Speaking» sur une radio locale new-yorkaise. Cinq ans plus tard, «The Dr. Ruth Show» rassemble plus de deux millions de téléspectatrices et téléspectateurs. Pour beaucoup, la sexualité est un sujet intime. Une chose dont on ne parle pas. Contrairement à des thèmes tels que la famille, les origines, le parcours de vie. Pour Dr Ruth, c’est tout l’inverse: elle ne révèle au public sa douloureuse enfance que dans sa biographie.