Il y a une quinzaine d’années alors que j’étais médecin assistante en chirurgie à l’hôpital de Lugano, un jeune homme avait assassiné une grande partie de sa famille à coups de couteaux. Blessé aux mains dans la lutte, il avait été placé en garde à vue dans la cellule de l’hôpital public. Arrivée en fin de visite médicale devant cette dernière chambre du couloir, je me souviens avoir marqué un moment d’hésitation. Quelle était la bonne attitude à adopter face à une personne qui vient de tuer toute sa famille? Mon professeur de chirurgie aurait pu choisir d’entrer seul dans la chambre, ou de ne pas y aller, se fiant au rapport de l’infirmière, ou même d’envoyer l’assistant, seul, pour inspecter les plaies avant le transfert du patient en prison. Au contraire, nous sommes tous entrés comme nous venions de le faire pour les autres malades du service. Les pansements ont été ouverts et les plaies inspectées. Le professeur lui a parlé avec une grande humanité et, à la fin de la visite, lui a posé la main sur l’épaule. Ce geste d’humanité, qui ne s’apprend pas dans les livres, je l’ai vu et ressenti et je me souviens encore aujourd’hui de l’empathie qui l’a accompagné.