Le cœur. Le foie. Bien alignés sur la table de la cuisine. À côté, le cadavre d’un sanglier… et une mère épouvantée. Petra Becker-Wegerich a découvert sa passion pour la médecine dès un jeune âge. En disséquant les animaux que son père rapportait de la chasse ou lorsqu’elle a participé à l’opération du chien de chasse. À l’âge de dix ans, sa décision était prise: elle sera chirurgienne. Elle est restée fidèle à ce choix pendant longtemps, jusqu’à ce qu’un accident l’éloigne de la chirurgie plastique et la mène vers la dermatologie esthétique et la chirurgie au laser. Et de l’Allemagne vers la Suisse.
Une fête importante au centre d’esthétique
La dermatologue fête cette année un anniversaire important au centre d’esthétique et de traitements laser Zurichsee à Meilen: il y a vingt ans, son amie et aujourd’hui propriétaire du cabinet Myriam Wyss Fopp lui a demandé si elle souhaitait venir en Suisse. Les deux femmes avaient fait connaissance lorsque Petra Becker-Wegerich avait passé une année à l’Hôpital universitaire de Zurich pendant sa spécialisation.
Alors âgée de 43 ans, elle venait de se décider pour une carrière scientifique et souhaitait entamer son habilitation. Elle s’est tout de même donné une nuit pour y réfléchir avant d’accepter. C’est ainsi qu’elle a quitté son poste de cheffe de clinique à la Clinique universitaire de dermatologie de Düsseldorf, où elle exerçait une fonction de direction, avait sa propre consultation et une activité d’enseignement, pour rejoindre le cabinet sur les rives du lac de Zurich. Une rupture? Non, selon elle, car elle a posé deux conditions: «Je ne viens que si je peux opérer et continuer la dermatologie esthétique.» Aussitôt dit, aussitôt fait.
© P. Odermatt
Être là pour les patients
Ce qu’elle apprécie dans le fait de travailler en Suisse, c’est d’avoir plus de temps pour ses patients. Elle avait déjà remarqué les durées de consultation plus longues à l’Hôpital universitaire de Zurich. «En Allemagne, je voyais souvent les patients à une cadence de 5 minutes.» Plus question de travailler dans ces conditions. Ni à l’époque, ni aujourd’hui. Sur la commode de son bureau, la carte d’une patiente chez qui elle a diagnostiqué un carcinome basocellulaire. Petra Becker-Wegerich a pris son temps pour l’annoncer à la jeune femme et lui a même donné son numéro de portable. Cela a aidé la patiente à surmonter le choc. Cette forme de prise en charge globale est importante aux yeux de la médecin.
Elle s’inquiète des temps d’attente plus longs pour les patients et des restrictions d’admission. «Nous avons fait tant de progrès en médecine. Il serait dommage de devoir faire marche arrière.» Parce qu’il manque de médecins dans les sous-disciplines ou que les prestations ne peuvent pas être facturées de manière appropriée. Elle continuera à travailler selon ce qu’elle juge éthiquement acceptable. Cela implique qu’elle regarde toujours la personne dans son ensemble. «Des pieds à la tête», comme elle dit.
Dessins au fusain à la Galerie des Offices
Un autre atout de la Suisse qui plaît à Petra Becker-Wegerich: la proximité de l’Italie. Son cœur bat pour le pays voisin depuis ses études. Après son bac, elle a raté de peu le numerus clausus et s’est retrouvée sur la liste d’attente pour étudier la médecine en Allemagne. Elle a commencé à mettre à profit cette période en suivant une formation d’assistante médico-commerciale. Mais le travail dans un cabinet de cardiologie à Mayence est vite devenu ennuyeux pour la jeune femme. Elle s’est donc inscrite à l’Université de Florence, a appris l’italien pendant chaque minute libre, puis a passé l’examen d’entrée en médecine. Elle a été acceptée.
En parallèle de ses études, elle se rendait à la Galerie des Offices et a commencé à dessiner au fusain les statues de marbre. Un cours d’anatomie qui ne peut exister qu’en Italie. C’était une période enrichissante pour Petra Becker-Wegerich. Malgré tout, elle a changé d’université au bout d’un an pour rejoindre l’Université de la Sarre, puis Göttingen, afin de terminer ses études.
Puis, le grand moment est arrivé. Elle a commencé en tant que «médecin en stage» à Düsseldorf en chirurgie plastique, ce qui l’a enthousiasmée: «C’était tellement satisfaisant de voir quelque chose qui n’est plus intact retrouver sa beauté et son fonctionnement après l’intervention.» Mais un accident l’a ensuite empêchée de rester longtemps debout en salle d’opération, stoppant son rêve de se lancer dans la chirurgie plastique.
Se réorienter pour trouver sa vocation
La médecin a dû se réorienter: «Je souhaitais faire quelque chose qui combine chirurgie réparatrice et curative et esthétique.» Elle s’est ainsi tournée vers la dermatologie chirurgicale, rejoignant finalement la sous-discipline de la dermatologie esthétique, encore récente à l’époque.
Elle a commencé à s’intéresser à la toxine botulique A, plus connue sous le nom de botox. Après avoir rejoint la Clinique universitaire de dermatologie de Düsseldorf, elle a participé à une grande étude sur le sujet. Elle a d’abord procédé à des injections sur elle-même, découvrant rapidement d’autres domaines d’application, y compris dans le domaine off-label. Sa liste de publications est longue, tout comme la liste des invitations à des congrès où elle a présenté ses réussites et fait une démonstration de la bonne technique d’injection à l’assistance intéressée.
Il ne s’agit pas seulement de paraître plus beau ou plus jeune. C’est un point important pour elle. Elle souhaite apaiser les souffrances de ses patientes et patients. Par exemple, les personnes défigurées à la suite de l’ablation d’une tumeur ou par des cicatrices résultant d’un accident. Elle réunit depuis lors la médecine et l’esthétique dans son travail.
Un regard vers l’avenir
Si Petra Becker-Wegerich a obtenu la citoyenneté suisse en 2020, elle a dû faire preuve d’adaptation. Sa façon de faire a un peu heurté au début: «J’étais habituée à donner et recevoir des directives.» C’était plutôt mal perçu. Elle trouvait également étrange que les collaborateurs se tutoient à tous les niveaux de la hiérarchie. Puis elle a rapidement constaté que cela fonctionnait. Aujourd’hui, elle parle avec ses assistantes médicales de projets de vacances et, en été, toute l’équipe se retrouve pour dîner sur la terrasse avec vue sur le lac de Zurich. «Nous apprécions ce moment.»
Quand elle parle de sa vie en Suisse, une chose transparaît: la dermatologue est une médecin dans l’âme, mais aussi une esthète. Elle apprécie les musées et l’offre culturelle de Zurich et de son lieu de résidence et de travail. Il n’y a pas de doute pour la femme de 63 ans: elle restera à Meilen. Actuellement, elle travaille encore «à 120%» et se projette dans une nouvelle et, elle l’espère, longue période avec ses patients. Mais elle souhaiterait un peu plus de temps pour les cours du soir à l’université consacrés à l’éthique et à l’histoire de l’art. Sa soif d’exploration et sa curiosité, déjà en elle petite fille, sont restées intactes.
Portraits dans le Bulletin des médecins suisses
Nous présentons régulièrement des personnalités intéressantes qui dévoilent leur quotidien médical. Plus d’un tiers des médecins en Suisse viennent de l’étranger. Ce qui nous intéresse: qu’est-ce qui les a amenés ici? Et comment se sentent-ils en Suisse?