En matière d’espérance de vie, la Suisse fait depuis des décennies partie des meilleurs pays du monde. Un garçon né aujourd’hui peut statistiquement vivre 82,2 ans, une fille 85,8 ans. L’espérance de vie des hommes a augmenté de 8,2 ans et celle des femmes de 5 ans depuis 1990. L’espérance de vie en bonne santé est elle aussi particulièrement élevée: les personnes passent en moyenne 71 ans sans limitations liées à la santé, selon la statistique de poche 2025 de l’Office fédéral de la statistique (OFS) [1]. La majorité de la population juge son état de santé bon à très bon: 86% des hommes et 84% des femmes. Ce chiffre diminue avec l’âge et les problèmes de santé augmentent sensiblement. À partir de 65 ans, la moitié des hommes et des femmes vit avec un problème de santé. Les limitations fonctionnelles, concernant notamment la vue, l’ouïe et le mouvement, augmentent notablement. Au total, 1,73 million de personnes sont considérées comme handicapées selon la définition de la loi sur l’égalité pour les personnes handicapées. 325 000 d’entre elles sont fortement limitées dans leurs activités quotidiennes. Malgré les progrès de la médecine, les maladies cardiovasculaires restent la cause de décès la plus fréquente, même si le nombre de décès liés à ces maladies a diminué de 14% depuis 2002. En revanche, les séjours hospitaliers augmentent principalement en raison de l’évolution démographique et du vieillissement de la population. En 2023, plus de 19500 personnes ont été victimes d’un infarctus aigu, dont deux tiers d’hommes. Les accidents vasculaires cérébraux restent également fréquents avec plus de 22000 cas par an.
La majorité de la population estime que son état de santé est bon à très bon.
Mortalité du cancer en baisse
Les facteurs de risque tels que l’hypertension et l’hypercholestérolémie concernent une partie importante de la population, qui augmente sensiblement avec l’âge. À partir de 75 ans, plus de la moitié de la population souffre d’hypertension. Le diabète affecte 7% des hommes et 4% des femmes [2]; les personnes ayant un faible niveau d’éducation sont deux fois plus touchées que celles au bénéfice d’un diplôme universitaire. Le cancer est la première cause de mortalité après les maladies cardiovasculaires. Chaque année, près de 47 000 nouveaux cas sont diagnostiqués en Suisse.
Les hommes sont plus souvent touchés et en meurent également plus fréquemment. Le cancer le plus diagnostiqué chez les hommes est celui de la prostate et, chez les femmes, celui du sein. La mortalité diminue continuellement; conséquence des diagnostics précoces et de meilleures possibilités de traitement. L’évolution diffère toutefois selon les types de cancer: chez les femmes, le taux de mortalité du cancer du sein a baissé de moitié ces 50 dernières années. En revanche, celui du cancer du poumon a augmenté de trois fois et demie environ. Dans le domaine des maladies infectieuses, la tendance à la baisse observée depuis des années du nombre de nouvelles infections par le VIH est réjouissante. D’autres maladies sexuellement transmissibles telles que la chlamydia, la gonorrhée et la syphilis sont stables ou augmentent. Les maladies transmises par les tiques telles que la borréliose et la FSME restent un sujet récurrent. Depuis la pandémie de coronavirus, la grippe et le SARS-CoV-2 sont les maladies infectieuses respiratoires les plus importantes, la grippe étant plus fréquente en hiver. Elles entraînent des séjours fréquents à l’hôpital chez les personnes âgées.
Forte hausse des prothèses de hanche
Les maladies respiratoires aigües telles que les pneumonies entraînent chaque année plusieurs dizaines de milliers d’hospitalisations et constituent une charge importante pour le système de santé en hiver. En 2023, 1200 personnes sont mortes d’une pneumonie. Les maladies respiratoires chroniques telles que l’asthme ou la BPCO entraînent souvent des hospitalisations à répétition.
Au total, 6% de la population souffre d’asthme et 2,5% d’une maladie pulmonaire ou bronchique obstructive chronique. Alors que l’asthme touche principalement les personnes de moins de 35 ans, les plus de 75 ans souffrent davantage de maladies obstructives chroniques. Les douleurs dorsales et lombaires sont les troubles physiques les plus fréquents dans la population. 45% de la population sont concernés, les femmes (50%) plus souvent que les hommes (40%). Les femmes souffrent aussi plus souvent d’arthrose et d’arthrite que les hommes. Dans l’enquête sur la santé 2022, 20% des femmes ont indiqué souffrir d’une telle maladie articulaire contre 12% à peine des hommes [3]. L’arthrose et l’arthrite augmentent avec l’âge et touchent 42% des personnes de plus de 75 ans.
Les maladies de l’appareil locomoteur sont également la cause la plus fréquente d’hospitalisation. Plus de la moitié des hospitalisations liées à l’appareil moteur sont dues à des maladies articulaires (arthrose, arthrite), près d’un quart à des problèmes de dos. Le vieillissement de la population continue de faire grimper le nombre de prothèses. En 2023, plus de 56000 personnes ont bénéficié d’une prothèse de hanche ou de genou en Suisse, dont environ 30 000 prothèses de hanche, soit 42% de plus qu’en 2010.
La tendance à la baisse observée depuis des années du nombre de nouvelles infections par le VIH est réjouissante.
Les femmes plus soucieuses de leur alimentation
La population suisse vit en bonne santé en comparaison internationale. Elle fait beaucoup d’exercice, fume moins qu’avant et est généralement très soucieuse de sa santé. L’activité physique, par exemple, est très répandue: les trois quarts de la population respectent les recommandations en matière d’activité physique, pratiquant au moins 150 minutes de sport modéré ou 75 minutes de sport intensif par semaine. Les hommes sont moins actifs que les femmes. Le gradient social est important: les personnes ayant suivi des études supérieures font plus souvent de l’exercice physique que celles ayant un niveau de formation moins élevé. La nationalité joue également un rôle. Les Suisses sont un peu plus actifs que la population d’origine étrangère. En matière d’alimentation également, les écarts liés au sexe et au niveau d’éducation sont nets. Les femmes sont plus soucieuses de leur alimentation que les hommes (76% contre 66%) et consomment nettement plus de fruits et légumes.
Le potentiel d’amélioration en la matière est néanmoins important: en effet, seule une femme sur cinq et un homme sur dix respecte la recommandation de la Société suisse de nutrition qui préconise de consommer cinq portions de fruits et légumes au moins cinq jours par semaine. Les hommes mangent également beaucoup plus souvent trop de viande et boivent plus souvent des boissons sucrées que les femmes. Plus le niveau d’éducation est élevé, plus l’alimentation est équilibrée. La différence entre les personnes sans formation postobligatoire et celles titulaires d’un diplôme universitaire est frappante. Parmi les diplômés universitaires, par exemple, la proportion de ceux qui consomment cinq portions de fruits et légumes par jour est environ deux fois plus élevée; la différence est encore plus marquée chez les femmes. L’alimentation n’est donc pas seulement liée à des décisions individuelles, mais également à l’environnement social.
Les trois quarts de la population suisse respectent les recommandations en matière d’activité physique.
Plus de surpoids
Le nombre de personnes en surpoids a fortement augmenté au cours des 30 dernières années, y compris en Suisse. En 2022, plus de la moitié des hommes et un tiers des femmes étaient en surpoids ou obèses. La part de personnes obèses dans la population a plus que doublé depuis 1992, pour atteindre environ 12%. Jusqu’à l’âge de 74 ans, la part de personnes en surpoids augmente constamment. L’influence du niveau d’éducation est particulièrement marquée chez les femmes: celles ayant un faible niveau d’éducation ont un risque d’obésité près de trois fois plus élevé que les femmes titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur. La différence de perception du poids corporel est frappante. Les femmes sont nettement moins concernées par le surpoids que les hommes, mais plus souvent insatisfaites de leur poids (28% contre 23%). Le sous-poids est trois fois plus fréquent chez les femmes que chez les hommes (6% contre 2%). Le poids corporel n’est donc pas seulement influencé par des facteurs biologiques, mais reflète également les normes corporelles.
Baisse de la consommation de tabac et d’alcool
Le tabagisme baisse depuis les années 1990, mais il reste important. La diminution de l’écart entre les sexes est notable: ces dernières années, la part de fumeurs est passée de 37 à 27% chez les hommes. Chez les femmes, la part a baissé de 24 à 21% seulement. Chez les 15 à 24 ans, les femmes fument aujourd’hui autant que les hommes. Le tabagisme intensif reste avant tout un phénomène masculin. Avec le tabagisme, la consommation excessive d’alcool est l’une des principales causes de mortalité prématurée et de problèmes de santé. La consommation d’alcool en Suisse révèle certaines contradictions: la consommation globale et quotidienne recule.
En effet, la part de personnes buvant quotidiennement de l’alcool a baissé de près des deux tiers depuis 1992, passant chez les hommes de 30 à 12% et de 12 à 5% chez les femmes [4]. La consommation excessive – à savoir quatre verres standard pour les femmes et cinq pour les hommes à une occasion – augmente depuis 2007. La hausse est plus marquée chez les femmes (de 6% à 11%) que chez les hommes (de 16% à 19%). Comme pour la consommation de tabac, la différence entre les sexes s’est donc également réduite dans ce domaine. La consommation excessive d’alcool concerne principalement les adolescents et les jeunes adultes, principalement les jeunes hommes de 15 à 24 ans: près d’un tiers d’entre eux se sont enivrés au moins une fois par mois en 2022.
Jeunes et troubles psychiques
Des tendances inquiétantes apparaissent en matière de stress psychologique. En effet, 84% de la population indiquent être heureux. Néanmoins, 18% présentent des symptômes de stress psychologique modérés à élevés, la dépression étant le plus fréquent. Les jeunes femmes de 15 à 24 ans sont particulièrement touchées: en 2022, 29% rapportaient des charges psychiques moyennes ou élevées [3]. Ce chiffre était de 19% seulement en 2017. Les risques psychosociaux au travail ont progressé. Le stress a particulièrement augmenté, la proportion de personnes concernées passant de 18 à 23% entre 2012 et 2022. Près de la moitié des actifs se plaignent d’un rythme de travail élevé qui les épuise. Et plus d’une personne active sur vingt s’est sentie intimidée ou harcelée au travail.
1 Office fédéral de la statistique. Santé - statistique de poche 2025. https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/actualites/quoi-deneuf.assetdetail.34027818.html
2 Office fédéral de la statistique. Santé > État
de santé > Maladies. https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/sante/etatsante/maladies/diabete.html
de santé > Maladies. https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/sante/etatsante/maladies/diabete.html
3 Office fédéral de la statistique. Enquête
suisse sur la santé 2022. Vue d’ensemble.
https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr.assetdetail.28625353.html
suisse sur la santé 2022. Vue d’ensemble.
https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr.assetdetail.28625353.html
4 Office fédéral de la statistique. Communiqué de presse: Moins de consommateurs
quotidiens d’alcool. https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home.assetdetail.32207503.html
quotidiens d’alcool. https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home.assetdetail.32207503.html