Quelles tâches administratives trouvez-vous particulièrement chronophages ou pénibles dans votre quotidien professionnel ?
Les demandes de certificats médicaux représentent pour moi le plus gros problème et en particulier les certificats d’incapacité de travail, exigés par les patients ou leurs employeurs dès les premiers jours de maladie. L’augmentation est également forte dans le domaine de la médecine sociale et de la médecine des migrations : pour le moindre souhait exprimé, qu’il s’agisse d’alimentation, d’une chambre individuelle ou d’un matelas plus confortable, le service social envoie la personne chez le médecin pour obtenir une attestation. Les dispositions réglementaires auxquelles un cabinet indépendant doit se conformer – de la stérilisation des instruments à la pharmacie du cabinet – constituent également une charge importante. Les autorités compétentes devraient veiller à alléger ces formalités administratives.
Quelles sont les conséquences de cette pression administrative sur les médecins et, en fin de compte, sur les patients ?
Dans le pire des cas, cela peut conduire à une perte de sens : la plupart ont étudié la médecine pour aider les personnes malades, et non pour remplir des formulaires et délivrer des attestations. Le manque de professionnels dotés d’expertise clinique devrait nous inciter à mieux gérer cette ressource. Les conséquences se font déjà ressentir aujourd’hui : il est de plus en plus difficile de trouver un généraliste.
Quels changements concrets vous soulageraient sensiblement dans votre quotidien professionnel ? Si vous pouviez agir immédiatement, quelle exigence bureaucratique supprimeriez-vous ?
Les certificats d’incapacité de travail devraient être immédiatement supprimés pour les absences de moins de 10 jours, même si je vois bien que ce n’est pas si simple. Ensuite, les services sociaux devraient résoudre les problèmes sociaux sur place : un médecin peut évaluer si un patient souffre de dépression, mais déterminer s’il a besoin d’une chambre individuelle dans un centre d’accueil pour réfugiés dépasse les limites de sa compétence. D’une manière générale, il faut revenir à davantage de responsabilités individuelles. Le premier réflexe ne peut pas consister à appeler chaque fois un médecin. Nous n’en avons déjà pas suffisamment.
Quelles tâches administratives trouvez-vous particulièrement chronophages ou pénibles dans votre quotidien professionnel ?
Ce qui prend le plus de temps, c’est de reprendre les données des patients (résultats de laboratoire, radiographies, listes de médicaments, etc.), sans lesquelles nous ne pouvons pas traiter un patient à l’hôpital, à partir de différents systèmes non interconnectés. De plus, la documentation est très fastidieuse : les lettres des médecins sont modifiées, complétées et validées à plusieurs reprises, ce à quoi s’ajoutent les changements de support entraînant une charge supplémentaire.
Quelles sont les conséquences de la pression administrative sur les médecins et, en fin de compte, sur les patients ?
Dans le pire des cas, cela peut entraîner des traitements inappropriés ou des retards dans le début du traitement. Comme les dossiers et les documents sont classés à différents endroits, les patients doivent souvent répondre plusieurs fois aux mêmes questions. Enfin, le risque d’erreur augmente partout où il faut recopier ou retranscrire des informations. Pour les médecins, cette pression administrative se traduit par davantage de temps passé devant l’ordinateur plutôt qu’auprès des patients, ce qui s’accompagne souvent d’heures supplémentaires. À terme, la frustration et l’épuisement ne sont jamais bien loin.
Quels changements concrets vous soulageraient sensiblement dans votre quotidien professionnel ? Si vous pouviez agir immédiatement, quelle exigence bureaucratique supprimeriez-vous ?
Une aide précieuse vient des secrétariats, lorsqu’ils se chargent explicitement de reprendre les données des patients. Nous pourrions aussi nous inspirer de l’étranger : j’ai exercé un an en Grande-Bretagne et deux ans en Autriche et, dans ces deux pays, il existe un dossier médical électronique qui fonctionne bien et qui facilite énormément le travail. L’Autriche, en particulier, est très en avance en matière de numérisation, notamment avec l’ordonnance électronique. La documentation médicale est nécessaire et importante, mais les rapports de sortie pourraient, à mon avis, être nettement plus courts et plus ciblés.
Quelles tâches administratives trouvez-vous particulièrement chronophages ou pénibles dans votre quotidien professionnel ?
Ce qui me prend le plus de temps, personnellement, c’est le flot d’e-mails ; rien que les parcourir et les trier représente déjà un travail considérable. À cela s’ajoutent de nombreuses réunions parfois redondantes. Et puis, bien sûr, tous ces rapports, ces demandes de remboursement auprès des caisses d’assurance-maladie ou ces justifications de prescriptions médicales, que tous les médecins connaissent bien – sans doute encore davantage nos collègues exerçant en cabinet privé que nous, à l’hôpital universitaire.
Quelles sont les conséquences de la pression administrative sur les médecins et, en fin de compte, sur les patients ?
Les formalités administratives réduisent le temps consacré aux patients et peuvent retarder les traitements. Les procédures d’autorisation et de remboursement fastidieuses bloquent parfois les traitements, surchargent le système et entraînent des retards considérables dans le traitement des demandes. Mais il faut aussi reconnaître qu’il existe aujourd’hui de nombreuses tâches qui peuvent être accomplies beaucoup plus rapidement par voie numérique qu’auparavant, à l’époque du fax et des documents papier.
Quels changements concrets vous soulageraient sensiblement dans votre quotidien professionnel ? Si vous pouviez agir immédiatement, quelle exigence bureaucratique supprimeriez-vous ?
Une réduction du nombre d’e-mails – et des demandes de justifications de la part des assureurs – apporterait un certain soulagement. Dans notre hôpital, certains services ont dû embaucher du personnel chargé exclusivement de traiter ces demandes de remboursement. L’automatisation des processus ainsi que, à l’avenir, des systèmes de documentation performants basés sur la reconnaissance vocale et l’intelligence artificielle pourraient également apporter un soulagement. J’ai la grande chance d’avoir une excellente assistante qui me décharge d’un grand nombre de tâches organisationnelles. Cela me laisse ainsi plus de temps pour mon travail médical proprement dit.
Quelles tâches administratives trouvez-vous particulièrement chronophages ou pénibles dans votre quotidien professionnel ?
Hormis le fait qu’une certaine part d’administration fait partie de la profession, la plus grande charge administrative évitable provient sans doute de ce qui se passe pendant les phases de transition : à l’admission d’un patient, nous devons souvent demander des rapports externes et des examens préliminaires afin de les reprendre dans le système de l’hôpital. Par ailleurs, les tâches administratives qui ne contribuent pas à la qualité des soins sont particulièrement contre-productives, je pense notamment aux questionnaires des assureurs ou aux demandes de garantie de prise en charge pour des traitements ou la réadaptation. Une remise en question systématique des indications médicales, voire un refus, débouche sur des démarches inutiles, coûteuses et chronophages.
Quelles sont les conséquences de la pression administrative sur les médecins et, en fin de compte, sur les patients ?
La bureaucratie engendre des heures supplémentaires et une surcharge de travail. La probabilité de commettre une erreur augmente, car le temps pour le débriefing entre les équipes de jour et de nuit est plus court ou que c’est tard dans la soirée que les erreurs de prescription se produisent. Les listes de diagnostics adaptées aux DRG comportent aussi un risque. Elles sont extrêmement longues et conçues avant tout pour la facturation. Les diagnostics importants ne figurent souvent pas en début de liste, mais bien après le dernier déséquilibre électrolytique. Dans le tumulte du quotidien, on risque de ne pas voir les diagnostics chroniques, ce qui peut conduire à des erreurs de traitement.
Quels changements concrets vous soulageraient sensiblement dans votre quotidien professionnel ? Si vous pouviez agir immédiatement, quelle exigence bureaucratique supprimeriez-vous ?
Je supprimerais immédiatement les rapports pour les cas bénins et courants. Cela vaut en particulier pour les urgences. Pour un patient souffrant de maux de tête, nous devons justifier nos décisions en détail, alors que chez un généraliste, la mention d’une seule phrase dans le dossier suffit. C’est une charge de travail supplémentaire créée notamment par les personnes qui recourent inutilement aux urgences.
Quelles tâches administratives trouvez-vous particulièrement chronophages ou pénibles dans votre quotidien professionnel ?
Dans mon quotidien à l’hôpital, le plus gros problème bureaucratique est sans doute le fait que nous n’ayons pas accès aux dossiers ambulatoires de nos patients. Les médecins-assistants ou le secrétariat doivent déployer des efforts considérables pour obtenir l’accès à un dossier médical, l’explication d’une prescription ou une liste des médicaments, souvent en dérangeant les médecins traitants pour des informations triviales. Nous savons que le risque d’erreur ou de perte d’information est majeur lors de ces phases de transition. La solution serait bien sûr un dossier électronique du patient à l’échelle nationale.
Quelles sont les conséquences de la pression administrative sur les médecins et, en fin de compte, sur les patients ?
Le médecin est souvent le goulet d’étranglement qui conditionne la rapidité des prises en charge hospitalières. Augmenter le nombre de tâches à faible valeur ajoutée augmente les durées de séjour, les interruptions et la fatigue mentale. Cela diminue mathématiquement le temps consacrable aux réflexions sur les diagnostics ainsi qu’évidemment le temps consacré aux patients.
Quels changements concrets vous soulageraient sensiblement dans votre quotidien professionnel ? Si vous pouviez agir immédiatement, quelle exigence bureaucratique supprimeriez-vous ?
Lors d’un de mes stages à l’hôpital de Bienne, les secrétaires travaillaient dans le même bureau que les médecins. Un contact direct par-dessus le bureau est bien plus efficace qu’un appel téléphonique ou un e-mail, les tâches déléguées étaient plus vastes qu’ailleurs : par exemple plusieurs tests de mémoire ou de tension artérielle standardisés, souvent moins souvent réalisés que nous le souhaiterions par manque de temps. L’expérience des secrétaires fixes aidait également beaucoup les internes arrivant en nouvelle rotation pour comprendre les tâches administratives inhérentes au secteur.