Grégoire de Coquereaumont
Comment utilisez-vous les outils d’IA au quotidien ?
J’utilise principalement OpenEvidence, un outil qui synthétise les informations issues de publications scientifiques et de guides de pratique. Lorsque j’ai une question spécifique au sujet d’un traitement, je peux ainsi rapidement obtenir une vue d’ensemble sans avoir à chercher dans des études individuelles, ce qui me facilite la tâche. Il est toutefois essentiel d’évaluer les résultats d’un œil critique, car l’IA ne saurait remplacer le contact et la relation de confiance qui s’établit avec la patiente ou le patient.
Quelles sont vos attentes envers l’IA ?
Pour moi, il serait important de disposer d’un dossier électronique du patient qui fonctionne et soit harmonisé à l’échelle nationale. À l’heure actuelle, ma fonction de généraliste ne me permet pas d’avoir directement accès aux rapports médicaux et hospitaliers établis en dehors de notre cabinet. Je passe donc beaucoup de temps à demander ces informations. D’autres pays sont nettement plus avancés dans ce domaine. Ce n’est que lorsqu’une base numérique commune aura été mise en place qu’il sera possible de s’appuyer sur celle-ci pour développer des applications d’IA, résumer des rapports, établir des ordonnances ou documenter des entretiens. Il va de soi que les données des patients doivent être conservées dans un système sécurisé.
Et vos craintes ?
Je crains que l’on engage des sommes considérables dans les applications d’IA tout en réalisant des économies au niveau du personnel médical et soignant. De plus, certains hôpitaux voire certains services développent parfois leurs propres systèmes au lieu de créer des solutions communes. L’IA a du potentiel, mais n’est pas prioritaire à mes yeux. Il est bien plus important de développer une infrastructure numérique performante, d’assurer une meilleure médecine de premier recours et de former plus de personnel qualifié.
Barbara Wirth
Comment utilisez-vous les outils d’IA au quotidien ?
J’utilise des logiciels de dictée vocale pour rédiger des rapports, mais je n’ai pas encore trouvé celui qui me convient, car j’attache une grande importance à mettre le strict minimum, alors que les outils d’IA ont tendance à en rajouter. En revanche, l’application OpenEvidence m’est très utile, car elle me fait gagner beaucoup de temps dans mes recherches d’informations sur les maladies, les techniques chirurgicales ou les effets secondaires des médicaments. Avant, je devais patiemment éplucher toutes les publications de PubMed.
Quelles sont vos attentes envers l’IA ?
Disposer d’outils qui nous déchargent des tâches administratives ou organisationnelles. Je peux très bien m’imaginer qu’à l’avenir, l’IA pourra répondre aux courriels ou proposer des dates de consultation aux patients. Les assistants téléphoniques virtuels offriraient également un allègement important, car aujourd’hui, mon assistante médicale passe énormément de temps au téléphone alors que j’aimerais lui confier des tâches plus exigeantes. Pour l’instant, ni les patients ni notre cabinet ne sont prêts à utiliser de tels outils.
Et vos craintes ?
Il ne faut pas avoir peur de l’IA et nous devons apprendre à l’utiliser. Il est toutefois essentiel de ne pas lui donner les rênes. Si nous l’utilisons sans esprit critique, nous risquons de nuire à la prise en charge médicale. Les connaissances spécialisées ne suffisent pas en médecine ; l’empathie est tout aussi importante et il faut savoir s’adapter à chaque patient, ce dont les outils d’IA ne seront pas capables dans un proche avenir.
Julian Sutter
Comment utilisez-vous les outils d’IA au quotidien ?
En tant qu’assistant dans un cabinet de médecine de premier recours, j’utilisais le programme développé par notre cabinet pour résumer les consultations et améliorer la qualité de la documentation. Pour moi, il était important d’avoir toujours les informations principales sous les yeux lorsque je travaillais sur le dossier médical. Dans notre entreprise, nous sommes organisés selon le principe « AI first » : l’IA génère des comptes rendus, des ébauches et des instructions à partir de transcriptions d’entretiens. Cela permet de mieux organiser la collaboration au sein de l’équipe ou avec les partenaires externes, et de gagner en efficacité.
Quelles sont vos attentes envers l’IA ?
À l’avenir, l’IA ne sera pas seulement en mesure de retranscrire des conversations et de rédiger des textes, elle pourra aussi accomplir de plus en plus de tâches administratives répétitives avec le plus d’autonomie possible. Un des objectifs serait que l’IA puisse reprendre des processus de travail tels que référer des patients ou demander des analyses médicales directement dans le système informatique du cabinet ou de l’hôpital. Cela permettrait d’améliorer la documentation et les bases de données. Les médecins pourraient ainsi se concentrer davantage sur leurs patients et sur les décisions médicales. Pour utiliser une métaphore, ils passeraient ainsi du rôle de « présentateur météo », qui collecte et enregistre les données, à celui de « météorologue », qui analyse la situation dans son ensemble et établit de meilleures prévisions.
Et vos craintes ?
Je connais beaucoup de médecins et quand je discute avec eux, je constate souvent que la plupart ne sont pas satisfaits de la situation actuelle et aspirent à autre chose. Mais dès qu’il s’agit de modifier un processus de travail, ce sont les habitudes qui l’emportent. J’ai bien peur que des structures rigides et les résistances freinent les progrès utiles. Si nous fixons des limites trop tôt parce que nous avons peur, nous ne pourrons pas gagner suffisamment d’expérience pour pouvoir évaluer de manière fondée dans quels domaines l’IA est utile et dans quels domaines il ne faut pas l’utiliser.